Peau d’croco

Photo : Joran Tabeaud

J’ai demandé un jour à ma grand-mère de me raconter son corps de vieille dame. Comment elle le percevait, comment elle le voyait, comment elle le vivait. Elle a accepté de livrer ses impressions, à froid, avec ses mots. Après coup, elle m’a confié qu’elle aurait aimé en dire davantage, formuler les choses autrement, parler par exemple de l’importance de la spiritualité. Je lui ai répondu que ce qui m’intéressait dans sa parole, c’était précisément sa perception de son corps, mais aussi la spontanéité de ses réponses, évidemment un peu biaisées par la présence du micro.
Son témoignage m’a amenée à réfléchir à ma propre perception de mon corps. C’est ainsi que j’en suis arrivée à écrire mon texte, le plus spontanément possible, quasiment d’un seul jet, comme si à mon tour j’étais interviewée et que je ne pouvais revenir en arrière. Pour jouer le même jeu qu’elle, rester au plus près de la démarche que je lui proposais.

Si on avait fait cette interview un autre jour, si j’avais écrit mon texte à un autre moment, les choses auraient probablement été exprimées différemment. Mais même s’il y a du travail derrière ce montage, ce son est une sorte d’instantané… deux femmes d’âge différent, une grand-mère et sa petite fille qui se répondent, à distance…

« Peau d’Croco » a été diffusé au Festival Longueur d’Ondes, festival de la radio et de l’écoute, à Brest le 13 avril 2014 et aux Rencontres Documentaires « Des Histoires » à Rennes le 13 avril 2014.
Il sera diffusé le samedi 28 juin 2014 sous la yourte à son lors des Rencontres du Film Documentaire organisées par l’association Ty Films à Mellionnec (Côtes d’Armor).

Hétéro – Famille – Patrie

Pourquoi – alors que la France est sur le point d’adopter le mariage homosexuel et de permettre à des milliers de personnes d’obtenir un statut d’époux(se) ou de p(m)ère – faut-il qu’un autre millier de personnes se croit dans son bon droit de manifester contre ?

Pourquoi faut-il, qu’en dehors des religieux, le couple hétéro-monogame se la ramène comme si seul ce modèle pouvait régenter les histoires de cœur des un(e)s et des autres ?

Cette façon de procéder me rappelle l’interventionnisme, l’impérialisme américain et à fortiori de nos pays occidentaux, au nom du bien édicté par une poignée de Yankees, minorité qui s’imagine « majeure » et supérieure en pensée.

Combien verraient leur vie basculer après l’adoption de cette loi ?
Chacun ferait mieux de s’interroger sur le bien-fondé de ses peurs profondes, regarder dans un miroir grossissant la fameuse Famille hétéro-bien-pensante…

Peur de quoi ?
De voir des gouines s’acheter deux robes de mariées au lieu d’une ?
Tomber sur deux pédés regarder le foot en se tenant la main ?

Peur que ces personnes (qui ont la plupart du temps un cœur qui bat, je le rappelle) vivent dans l’amour et la joie plutôt que dans la honte et la crainte ?

Le couple hétéro-bien-pensant a t-il peur de ne pas avoir la médaille de la parentalité ? De ne pas détenir la vérité sur laquelle toutes ses contradictions reposent ?

Allez, j’arrête. Mais soyons sérieux : arrêtons de lutter contre l’idée que des gens qui s’aiment obtiennent des droits…