Songes


Regarde,
Au fond de l’eau qui court,
Se reflète mon image.
Si tu fouilles mes secrets
Sans froisser mes profondeurs,
Tu feras la découverte d’un cœur à cran,
Où là aussi sévit la mousson,
Quand palpite l’amour en miettes,
Quand une quinte de tien prend la forme d’un S étiré,
Celle d’une longue tristesse,
Quand au matin,
Depuis le hublot de mon réveil,
Je contemple ton lointain.

Texte écrit lors d’un atelier d’écriture animé par Yves Béal du Groupe Français d’Education Nouvelle.

Pou Voir

 Maîtres et maîtresses du monde, chaussés rutilants et piétinants,
Dites-vous : il n’y a ni naissance, ni mort

Manipulez les individus comme des gants troués,
corps et âmes armés de concepts
vous justifiant

Quant à la population elle s’insurge, régulièrement,
puis se rendort, paisiblement…
Les patterns sans cesse rejoués de l’Histoire
tels un théâtre de boulevard
bien accordé

Il n’y a ni naissance ni mort et pourtant les idées croient naître
et l’Homme tout inventer.

Sans aigreur ni pensées noires,
à la minuscule lueur d’espoir,
je peux essayer de ne pas perdre de temps

Toxique pensée de l’humain-hiérarchie-organisation de vacances au club Med.
Puant de maintenir un pouvoir sur les autres comme justification
de nos propres blessures.

Querellons-nous aussi peu que nous puissions nous déchirer
Peut-être que nous aurons des renaissances encore plus belles que ce que nous espérions depuis la nuit des temps

 

 

 

Pense-Temps

Photo : G.Falgon

Silence…
Je pense…
Je pense en dents de scie
Que prendre le temps a du sens.

Je célèbre la lenteur
Et m’accorde une transe,
Semi tempête,
Demi silence.

Je pense que l’ellipse sème le mensonge,
Je rêve qu’une éclipse rompe le manège,
Le tournis des ambitions,
La nausée des illusions.

Je peine à penser que se presser a du bon,
J’hiberne en pensées
Et j’écoute les sons,
Grands messes lissées ou scènes épicées.

Je cille quand persifle le vent
D’orateurs viciés des chevilles jusqu’aux pieds,
J’opine quand perdure le temps,
L’écoute attentive des sonnets du présent.

La beauté e(s)t la névrose du monde

Photo : SEb

La poésie n’appartient pas aux nantis,
Elle emporte avec elle le plaisir du jeu et du mouvement, une partition de mots, comme en musique.

Donne des mots pour la vie, les choses que l’on vit, puis les rend vivants et complexes, justes et absurdes, comme la beauté et les névroses du monde.

La poésie est libre : les mots « Propriété » et « Poésie » ne riment pas de toute façon, ils ne sympathisent pas entre eux.

Parce qu’un jour la poésie est sortie de vous pour se promener et vous avez été soulagé, honoré, d’un seul coup.
Comme rire ou échapper un peu à la mort.

En beaucoup moins de temps qu’il ne faut pour le dire, elle offre cette grâce et ouvre une porte…

A 7 ou 77 ans, heureux ou malheureux, seul ou nombreux, opulent ou modeste …
On peut écrire sur les murs des villes comme sur ceux des prisons.
Sur un beau papier glacé comme sur la terre mouillée.

La poésie m’autorise à être inadéquate, exister de manière décalée, à partir d’une intimité partagée.
Je peux y lover mon incapacité à correspondre à des standards, opiner du chef, mon animalité et mon humanité à la fois.

Etre adéquat, est-ce tellement normal ?
L’écriture prouve que non. Car elle s’en fout des conventions, l’écriture.
C’est un outil pour les animaux politiques que nous sommes, au même titre que la pierre qui casse les fruits trop durs.

Ecrire est à la fois tout ce qu’il y a de plus primaire et sophistiqué.

 

 

 

 

Pattes d’oie

Photo : G. Falgon

Au coin de ses yeux,
De petites rides apportent à son regard
La sagesse du temps qui passe,
La prestance de l’homme qui pense,
Silencieux,
Mystérieux.

Il économise les mots comme les sourires,
N’en pense pas moins mais ne dit pas tout,
Embrasse le vent,
Imprègne ma vie,
Emprunte sa voie.

L’homme mesure,
Il s’interdit les écarts
Et avec parcimonie,
M’offre ses égards.

Il conjugue son allure à celle du temps,
S’enivre de saisons,
S’habille de bourgeons,
Se délecte de sensations.

Tranquillement, il avance,
Ignorant l’ennui,
Saisissant la vie.

 

 

 

 

Bleu

Photo : G. Falgon

Je vois bleu. Tu me sautes aux yeux.
Pulsions, flux et reflux,
Mes émotions scintillent. A la folie, je fonds.
Ton bleu m’inonde à en souffrir.
Je le sais, et pourtant je viens.
Entre tes mains, je désire.
Et tu me retiens.
Et moi, encore je reviens,
Je sais, et je reviens.
Parce qu’à mon insu, je veux.
Je te veux et toi, rien.

Il n’est point de sot métier

Ce texte a été écrit lors d’un atelier d’écriture animé par Yves Béal du Groupe Français d’Education Nouvelle. Il est important de camper le contexte : une tripatouilleuse d’acné, petit métier oublié, vient faire valoir son travail dans la rame d’un métro. S’adressant aux personnes qui l’entourent, haut et fort, elle déclame son texte.

Messieurs les adolescents !

Vous qui vous trouvez sur la pente aqueuse de l’âge ingrat,
Vous qui vivez le tort de la transition hormonale,
Vous venez de trouver votre tâteuse de temps qui passe,
Votre trieuse de juvéniles proéminences,
Celle qui fera exploser de ses ongles la nature purulente de vos ressources !

Approchez-vous !
Je vous affranchirai de votre prolifération nauséeuse,
Au placard vos pustuleuses collines,
Au rebut, vos bubons en mue,
A la poubelle, vos boursouflures béantes !

Je me ferai glaneuse de vos ingrates glandes,
Je viendrai grappiller vos ganglions,
Gloutonner vos rieuses protubérances !

N’y voyez aucune grivoiserie,
Je m’exalterai simplement, en vous libérant de vos éclatants complexes,
En en extrayant l’arachide…

En tripatouillant votre élixir de jeunesse, je fricoterai avec votre maturité.
En me faisant sauteuse du pus de vos pugnaces boutons,
Je vous accompagnerai dans le passage à l’âge adulte…

Car je détiens dans ma besace,
Tous les bienfaits que peut vous apporter,
Une tripatouilleuse d’acné !

Alors il est temps, jeunes gens,
De sortir vos bourses et de présenter vos minois,
Pour solennellement me permettre
D’en distiller le meilleur…

A Grisélidis

Je ne suis pas sûre de la saveur des mécanismes,
mais j’enrhume de ma bouche chaque instant.

Cœur craquelé, lèvres tachetées et marbrées de tendresse.
Je retenais mon souffle tel un animal des sables…

Sachez profiter du goût des dents tant qu’il y en a
Tournez tournez les bras jusqu’à l’envol des feuilles

Attendez les gouttes, reins posés sur des morceaux d’agrumes ensoleillés
Les prestidigitateurs n’ont peut-être plus de beaux jours devant eux…

Avec les années, avec les vents, avec les vagues,
aimons nous toujours et bien mieux que des adultes
aimons nous toujours avec tumulte

Quand le cou souple et fin des flamands roses défie les lois de la gravité,
Mieux vaut jouer des coudes et embrasser l’altérité

Voler sans les ailes, juste avec de l’élan

Les poèmes que nos regards emportent, nos mains se les disent.

J’aime ton âme mon homme

tout est beau en toi

tout est beau

j’aime ton sourire et ton silence
Et tu ne sais pas, l’effet que ça me fait, de t’entendre me répondre « oui »

Moi qui aime être tenue par deux fils d’araignée fins, fragiles mais solides. Ephémères et sensibles aux vibrations, on pourrait peut être se demander où les accrocher ?
Dans tes bras le temps s’étire.

Tu m’écarquilles,
Fleur délicate dans mon esprit
Tu n’es pas équilibriste, plutôt idéaliste,
Je suis particule particulièrement « contraductrice »
Je, tu, nous sommes infiniment grands et petits à la fois.

 

 

 

Haïkus de tête

Le Bleu du ciel
Domination masculine et bleu du ciel
Dans les moeurs se cachent des coquilles
Les moeurs meurent et les coquilles restent

J’ai faim
Mutilation sans souffrance, c’est l’adage des moutons
Se faire opérer, c’est comme passer à la poêle, avec des oignons
Et les gens c’est facile à cuisiner, ils mangent de tout

Raison et amendes
La connerie provoque une mort lente et douloureuse.
Le racisme nuit à la santé mentale
Même dans la douleur les miens sont miens

Raisin et amandes
Raison et amendes

Tous en choeur
La peur rend con,
Le pont rancoeur
Le coeur rend pont
Le rond pend coeur
La con rancoeur