Asia Song

« Asia Song » c’est un délire mixouillé, l’addition de deux moments inoubliables, des instantanés sonores forts en émotions à l’enregistrement qui se retrouvent servis dans la même assiette et qui se dégusteraient plutôt en dessert, un dessert qui porterait le délicieux nom de « méli-mélo de saveurs asiatiques »… C’est en fait un plat qui ne se mange ni chaud ni froid, un plat qu’on aime ou qu’on n’aime pas, un plat sucré et salé à la fois qui viendrait d’une recette sans queue ni tête…

Cher destinataire inconnu…

Cher destinataire inconnu,

j’ai choisi cette feuille de papier bleu ciel pour vous partager les impressions qui m’habitent ce soir : il me semble que cela vous fera du bien de recevoir cette lettre, ces mots couchés sur le bleu du ciel, car je compatis à vos blessures, celles qu’infligent sournoisement ce que l’on nomme le « monde du travail ».

Je vous propose de vous en échapper à la lecture de mes sensations, car aujourd’hui je suis loin d’ici, loin d’ailleurs. Je suis là, au présent.

(Petite parenthèse d’entre les perceptions : j’ai tout de suite pensé que vous pourriez vous appeler «Jürgen » et même si ce n’est pas votre prénom, il faut bien que je vous appelle.)

En écrivant, je goûte à l’extrémité creuse et arrondie de mon stylo où se loge la pointe d’une canine.
Là où j’avance, j’entends mes pas frotter les herbes hautes, suivis par les bourdonnements affairés des abeilles qui s’échappent.
De splendides papillons aux ailes comme des vitraux trônent ça et là, sur la toison de cette prairie dont ils sont les rois.

Je ne saurai trop vous conseiller d’ailleurs ce que tout à l’heure j’ai senti : l’odeur agréable des copeaux de bois qu’on utilise ici pour les toilettes sèches.

A propos, j’ai touché en me promenant, avec l’intérieur de la main, l’écorce moussue de rondins parcourus de fines excroissances de bois, semblables à de toutes petites lianes…

Voilà. Je ressens la quiétude d’un endroit hors du temps.

J’espère que cette lettre vous aidera un moment à bondir de votre esprit torturé par les affres d’une vie matérielle qui coûte bien trop cher à tout le monde…

 

 

Socialement parlant on s’en fout!

Photo : G. Falgon

Au départ, c’est un processus trouble à bord duquel on se risque, où il faut se laisser délicieusement bercer. Ca tourne ensuite au feu d’artifice d’idées, lorsque l’on se délecte d’absurde et d’inconnu et que, dans le feu de l’action, l’on ne sait plus trop ce que l’on veut dire ni maîtrisons l’intégralité de ce que l’on fait, mais où l’on sait qu’on finira bien par retomber sur ses pattes. Et puis, quand vient le temps des essayages, du mâchouillage et des malaxages, que l’aventure continue et que tout prend sens, l’on se recentre et prend conscience qu’elle est vraiment enrichissante, cette expérience…

Lorsqu’une équipe de joyeux bidouilleurs de sons se réunit pour déconstruire leur vision classique et normée de l’interview, ils se retrouvent à naviguer sur les méandres vertigineux des voix et des paroles. Parfois, elles s’envolent et leur échappent, d’autres fois ils les capturent et les manipulent. Ca donne des situations cocasses, des mises en scène étonnantes, des questionnements surprenants, et pourquoi pas un résultat… intéressant ?


Ce son est un extrait de la création sonore issue de la formation « L’interview étendue » animée par Alessandro Bosetti en juillet 2014, dans le cadre de l’association Phonurgia.

Le montage est signé Aline, Lucinda et Eloïse, les prises de son sont de tout le monde : Déborah, Adeline, Cathy, Rémi, Caroline, Agnès, Maxim. Curieux, je vous invite à écouter « Qu’est ce que vous voulez que je vous dise? », la pièce dans son intégralité.

Les Co-Mains

Photo : E. Grimbert

Les Co-mains est un habitat groupé en chantier au sein duquel poésie et bricolage dessinent l’état d’esprit du lieu situé au pied de la Chartreuse, entre Grenoble et Chambéry. Pascal et Véronique façonnent, truellent, assemblent, cassent, empilent, retapent, imaginant leur espace de vie bien plus que de manière fonctionnelle.
Selon des techniques glanées ci et là, osant faire de la construction un art et de l’art une construction pour l’être. Un chantier où l’on a envie de « bousculer les lignes »…

Loire

Se déplacer à un rythme humain et prendre le temps de prêter l’oreille à la vie, Sophie Berger l’a fait avec « Loire », un retour aux sources du fleuve, au fil du son, jusqu’à Nantes. Une démarche sensible pour une marche lente, dans un monde moderne qui perd de son sens. Ca vaut le coup de prendre le temps de l’écoute… Elle a reçu le prix Pierre Schaeffer 2013 et a été interviewée par Radio Campus Paris.

Pattes d’oie

Photo : G. Falgon

Au coin de ses yeux,
De petites rides apportent à son regard
La sagesse du temps qui passe,
La prestance de l’homme qui pense,
Silencieux,
Mystérieux.

Il économise les mots comme les sourires,
N’en pense pas moins mais ne dit pas tout,
Embrasse le vent,
Imprègne ma vie,
Emprunte sa voie.

L’homme mesure,
Il s’interdit les écarts
Et avec parcimonie,
M’offre ses égards.

Il conjugue son allure à celle du temps,
S’enivre de saisons,
S’habille de bourgeons,
Se délecte de sensations.

Tranquillement, il avance,
Ignorant l’ennui,
Saisissant la vie.

 

 

 

 

Le creux des mots crus

Inspirée des unes du Dauphiné Libéré grenoblois, autrement surnommé le « Daubé » par ses détracteurs, cette création sonore invite à un regard décalé sur le contenu de ce que ce genre de rédaction (si tant est qu’il en soit une) cherche à nous suggérer… Mais ce n’est qu’un début, une forme encore très embryonnaire de mes pensées à ce sujet…

 

Il n’est point de sot métier

Ce texte a été écrit lors d’un atelier d’écriture animé par Yves Béal du Groupe Français d’Education Nouvelle. Il est important de camper le contexte : une tripatouilleuse d’acné, petit métier oublié, vient faire valoir son travail dans la rame d’un métro. S’adressant aux personnes qui l’entourent, haut et fort, elle déclame son texte.

Messieurs les adolescents !

Vous qui vous trouvez sur la pente aqueuse de l’âge ingrat,
Vous qui vivez le tort de la transition hormonale,
Vous venez de trouver votre tâteuse de temps qui passe,
Votre trieuse de juvéniles proéminences,
Celle qui fera exploser de ses ongles la nature purulente de vos ressources !

Approchez-vous !
Je vous affranchirai de votre prolifération nauséeuse,
Au placard vos pustuleuses collines,
Au rebut, vos bubons en mue,
A la poubelle, vos boursouflures béantes !

Je me ferai glaneuse de vos ingrates glandes,
Je viendrai grappiller vos ganglions,
Gloutonner vos rieuses protubérances !

N’y voyez aucune grivoiserie,
Je m’exalterai simplement, en vous libérant de vos éclatants complexes,
En en extrayant l’arachide…

En tripatouillant votre élixir de jeunesse, je fricoterai avec votre maturité.
En me faisant sauteuse du pus de vos pugnaces boutons,
Je vous accompagnerai dans le passage à l’âge adulte…

Car je détiens dans ma besace,
Tous les bienfaits que peut vous apporter,
Une tripatouilleuse d’acné !

Alors il est temps, jeunes gens,
De sortir vos bourses et de présenter vos minois,
Pour solennellement me permettre
D’en distiller le meilleur…

Quels mots pour le plaisir au féminin ?

A la manière du vocabulaire musical, quoi de plus parlant qu’un soupir, un silence ou un rire gêné, lorsqu’on formule ces sensations liées à notre plaisir intime ?
Les instruments, volumineux et ronds comme la contrebasse ou le violoncelle, m’ont toujours inspiré l’épaisseur et le velours, la consistance de ces voluptés…

Jugez-en par vous-même…

 

Tour(isme) en Baie d’Halong


Qui a dit que le voyage était l’occasion de s’ouvrir au monde ?
Ne peut-on pas voyager en restant enfermé dans sa bulle ?
N’est-ce pas encore une occasion de s’enrichir sur le dos de braves gens ?
A force de vouloir rencontrer, découvrir, mélanger, ne sommes-nous pas en train de tout uniformiser ?
Finalement, voyager, n’est-ce pas foncer droit dans le mur?


Mon petit diable de lucidité aurait tendance à penser ça et pourtant, je continue à voyager. J’aime ça. Je me dis que je le fais avec respect et ouverture, comme probablement la majorité des touristes qui pervertissent le monde…

Face à mes questionnements, je me débats dans les eaux troubles de la baie d’Halong, au Vietnam, entre auto-dérision et bonne conscience…
Cette chose sonore est à l’image de mes interrogations, glissante et flottante. Tantôt profonde, tantôt en surface, elle donne à entendre mes incohérences…

« Tour(isme) en Baie d’Halong » a été diffusé lors du festival Rendez-Vous Du Carnet De Voyage 2013 à Clermont Ferrand et à la Semaine du Carnet de Voyage à Saint Céré dans le Lot au mois de mars 2014.

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