Loire

Se déplacer à un rythme humain et prendre le temps de prêter l’oreille à la vie, Sophie Berger l’a fait avec « Loire », un retour aux sources du fleuve, au fil du son, jusqu’à Nantes. Une démarche sensible pour une marche lente, dans un monde moderne qui perd de son sens. Ca vaut le coup de prendre le temps de l’écoute… Elle a reçu le prix Pierre Schaeffer 2013 et a été interviewée par Radio Campus Paris.

Mon Corps, le Plaisir et Moi

Un documentaire diffusé sur France Culture pour l’Atelier de la Création, le 23 avril 2013.

Ecoutez-le ici…

Dans « Mon Corps, le Plaisir et Moi », nous avons enquêté sur la sexualité solitaire des femmes. Si la sexualité en couple est parfois difficile à verbaliser, le plaisir en solo l’est probablement encore plus. Sans compter les stéréotypes culturels et sociaux qui pèsent sur l’image de la sexualité féminine… Nous sommes parties du principe qu’il n’y a pas besoin d’être docteur ès sexe pour parler des voluptés féminines, et nous avons décidé de collecter les paroles d’hommes et de femmes de 17 à 77 ans. Ces conversations à la frontière du tabou, toujours dans la pudeur, ont suscité en nous des interrogations, des sourires, des chamboulements… et nous comptons sur la richesse de ces expériences contées pour alimenter le débat sur la masturbation féminine, sujet que toutes les femmes pourraient toucher du doigt ! La radio n’est-elle pas un porte-voix privilégié pour ce genre d’intimités ?

31 years old

31 ans.
Je commence à peine à me réconcilier sans jugement avec l’adolescente que j’ai été.
Et je pense que c’est une bonne chose : je commence à savoir qui j’étais.
Je commence à accepter mes putains de défauts. Peut être.
A les regarder droit dans les yeux et à avoir de la compassion pour eux.
Il a fallu quand même apprendre une forme de sagesse, toutes les passions du passé ne pouvant faire partie que de la mémoire. Qui j’étais n’est plus moi.

Je ne digère plus les tirades écorchées, les plats épicés, les relations passionnées :
Se contentant de tourner indéfiniment sur une névrose, sur soi, comme un derviche inversé.

A 14 ans, je ne comprenais pas que l’on puisse bannir l’idée de passion et aujourd’hui,  des effets passionnés qui ont fait de moi ce que je suis m’angoissent, me poussent au recul.
Longtemps, c’était « tout ou rien », dit Ferré dans sa chanson « 20 ans » et c’était bien.

J’ai vécu longtemps comme si je pouvais, je devais être immortelle.
Capricieuse et enflammée, impulsive et grondante.
Après, j’ai pensé souvent à la mort. Je pensais tous les jours à la mort.
Je pouvais me croire atteinte d’une maladie grave par exemple.
Et je ne pensais pas que ce que je mange, respire, fais, puisse avoir une quelconque incidence sur ma longévité.
Je ne pensais pas qu’on entretenait une longévité, physique ou psychique, sans quoi la vie devenait égoïste et courte.

A 30 ans, que sais-je de la vie ?
Peut être un peu mieux sa valeur au regard de la mort.
Ce que signifie vieillir, aimer mieux, favoriser la vie, éloigner de soi la mort tout en la sachant là, possible.

Et même, dans les deuils et les passages, il faut qu’il y ait deux forces motrices qui puissent cohabiter. L’une sombre et pétrifiante, l’autre lumineuse et en mouvement. Pour s’équilibrer.

Il faut parfois du temps pour vieillir, pour mûrir, comme pour régresser.