Mermet parle de Là-bas si j’y suis

Auditeurs de « Là-bas si j’y suis » sur France Inter, écoutez cette intervention de Daniel Mermet et Olivia Gesbert, qui répondent aux questions du public lors du festival Longueur d’Ondes 2014…  C’est sur l’oufipo, l’Ouvroir de Finistérérités Potentielles…

C’est ça le progrès ?

Loin de moi l’idée de nier la richesse et la beauté de nombreux documents audiovisuels et/ou numériques; l’intérêt du cinéma, du documentaire, d’internet pour partager tant de connaissances et de possibilités de s’exprimer et de créer.

Loin de moi la volonté d’être primairement anti-télé, mais…
De l’écran qui montrait l’arrivée d’une locomotive en gare de la Ciotat à celui qui se love partout et à toute heure au creux de la main, il y a à peine plus d’un siècle.

On appelle ça le progrès. Autant dire qu’à l’échelle de l’humanité, une miette nous sépare de l’invention de l’image en mouvement.
Les images et contenus qui au départ suffisaient à nous donner la chair de poule se sont transformés peu à peu en « routine-multimédia » et nous sommes devenus quelque part parti prenants de ces représentations avec les nouvelles technologies de poche.
Assaillis et manchots. Spectateurs subjugués, angoissés par la masse d’informations et de happenings médiatiques, isolés cybernétiques.

Ere de « passivité interactive » ? Drôle de paradoxe…

Les souvenirs se trouvent modifiés dans l’inconscient, mêlés d’instants vrais et de moments pris sur le vif en numérique. On construit l’Histoire – personnelle et collective – autrement.
De nouvelles traces s’impriment dans l’humain, faites de pixels, de mots binaires et d’applications qui gèrent notre quotidien.
Double tranchant, double penchant des armes technologiques à nous faire à la fois connaître et détruire nos richesses intérieures.
C’est ici et maintenant, une espèce d’injonction à plonger dans nos écrans.
Moi, individu, je peux (je dois) partout et à chaque instant échanger avec le monde entier, abolir le temps et l’espace, puiser dans un bouillon d’informations qui donnerait le tourni si on essayait d’en assimiler ne serait-ce qu’une seconde de contenu.
Je suis partout et tout le temps en proie à des informations brèves et souvent de piètre qualité, du fait divers le plus scabreux à la publicité la plus agressive.

C’est ça le progrès.

Guidés par des algorithmes, farcis de technologie et pourtant impuissants.

Je suis partout et tout le temps et pourtant je perds peu à peu toute volonté de me frotter à des situations réelles, tout élan pour toucher, sentir, voir, écouter mon environnement.
Je sais pourtant que ce serait bien pour moi.
Je suis vissé à ma chaise, sous ma main est vissé mon écran.
Illusion de plein dans des contenants vides.

Abolir le temps et ses contraintes. « Bin oui, le temps c’est d’l'argent madame. »
Abolir le temps nécessaire à l’analyse, la maturité, le développement d’une réflexion, l’apprentissage, le vivant…

Cette révolution numérique, on la laisse nous manger tout crus ou on relativise ?

 

Le creux des mots crus

Inspirée des unes du Dauphiné Libéré grenoblois, autrement surnommé le « Daubé » par ses détracteurs, cette création sonore invite à un regard décalé sur le contenu de ce que ce genre de rédaction (si tant est qu’il en soit une) cherche à nous suggérer… Mais ce n’est qu’un début, une forme encore très embryonnaire de mes pensées à ce sujet…

 

Epidémie « An II »

Bon sang, mais qu’est-ce qu’ils ont tous à nous balancer de l’An II à tort et à travers ? C’est quoi cette manie des médias de reprendre tous les même formules à la mord-moi-le-nœud, au point de nous, lecteurs, auditeurs, téléspectateurs, contraindre à les intégrer à l’insu de notre plein gré ?! C’est quand même un monde, dirait ma grand-mère ! Tout ça pour dire que Monsieur le président entame la deuxième année de son quinquennat, comme s’il s’agissait des habituelles bonnes résolutions que tout sage être humain devrait prendre au 1er janvier chaque année… Parce que oui, le discours de jeudi soir qui marque le début de « l’an II du hollandisme au pouvoir » (Marianne) marquerait, comme faire péter le champagne, le début d’une nouvelle ère ou d’une nouvelle année, au moment où l’on fait la liste des bonnes résolutions à venir… Vous savez, ces belles idées qui nous traversent l’esprit un jour et qu’on assène à tire-larigot début janvier à qui veut bien les entendre, et qui, les semaines et les mois passant, sont aussi vite oubliées ou mises de côté qu’elles sont venues… On place des mots-clés pour marquer le coup, on s’auto-persuade du bienfondé et de la valeur de nos résolutions, on essaie de s’y tenir quelques heures et puis rapidement, on est rattrapé par son quotidien, ses pulsions, ses vices, ses habitudes et les bonnes résolutions disparaissent petit à petit…

Le problème, c’est qu’entre le discours d’un président et ses propres bonnes résolutions, il y a une légère différence…

Alors que les bonnes résolutions n’engagent que celui ou celle qui les fomente, lui permettant ainsi de n’avoir sur la conscience que sa propre déception s’il ne les respecte pas, celles d’un président concernent le devenir de tout un pays et du coup de tout un chacun, il se doit donc un peu plus de les respecter, ou tout du moins de tout mettre en œuvre pour les respecter. Si ça fonctionne comme les arguments des candidats aux élections lors de leurs campagnes, on est mal barrés… Peut-être que c’est ça, la politique, de grands mots et pas grand chose derrière…

Quand j’ai entendu pour la première fois cette expression hier soir – l’An II – j’ai tout de suite pensé à « l’An 01 », ce film de Jacques Doillon, Gébé, Alain Resnais et Jean Rouch, qui regroupe un bon paquet d’acteurs bien connus aujourd’hui. Réalisé en 1973, il véhicule des idées tout à fait transposables à 2013 : il invite à faire un pas de côté, à tout arrêter et propose avec humour une réelle réflexion sur le devenir de la société de consommation et le productivisme, sur l’écologie et l’utopie, loin, très loin des préoccupations de notre cher président.

« L’An 01 » et « l’An II » ont ceci en commun qu’ils sont politiques, mais on en apprend probablement beaucoup plus dans « l’An 01 » que dans « l’An II » qui est en train de commencer, c’est pourquoi plutôt que d’écouter la bouche ouverte les médias qui nous martèlent d’expressions aussi inutiles que les bonnes résolutions, je vous invite à regarder « l’An 01 »…

Le pape, la religion et moi

Photo : Rio de Janeiro, Août 2006, Eloïse Plantrou

Je n’y connais strictement rien en religion. Mais alors, vraiment que dalle ! J’ai même été élevée dans une certaine méfiance des curés et des sœurs, sur lesquels j’ai entendu beaucoup plus de mal que de bien. Assez logiquement, je ne crois pas en Dieu. Mais parfois, je me dis quand même, j’ai d’énooormes lacunes en culture catholique et, il faut bien l’avouer, bah ça fait bel et bien partie de notre culture française, qu’on le veuille ou non.

Déjà toute petite, à l’école, j’en souffrais un peu. Je me sentais disons… différente. « Quoi ? T’es pas baptisée ? » « Quoi ? Tes parents sont pas mariés ?! Nom de Di%#, mais comment ils ont fait pour t’avoir ?!! ». Oui, j’ai entendu des choses comme ça en classe de CP, CE1, CE2, CM1, CM2, et puis probablement avant et après. Et non, je ne savais pas bien quoi répondre. J’étais même (en cachette) parfois un peu envieuse de ceux qui allaient au catéchisme. L’éducation religieuse ne m’intéressait pas, non, c’était plutôt le fait de se retrouver tous ensemble en dehors de l’école, une occasion supplémentaire de faire des bêtises, dire des bêtises, écouter des bêtises… Et oui, il est temps de le dévoiler, mes petits camarades qui ont suivi assidûment, pendant de longues années, les heures de catéchisme, les gueules d’anges qui ont fait leur première communion et leur profession de foi ne m’ont jamais parlé de Jésus, Marie ou je-ne-sais-qui, ils me racontaient plutôt, comme je le disais plus haut, toutes les niaiseries qu’il y avait autour…

Maintenant que je suis en âge de comprendre ce qui a poussé mes parents à m’éloigner de la morale chrétienne, je suis plutôt fière de leurs choix et de l’éducation laïque (quoiqu’un peu borderline anticléricale) qu’ils m’ont offert. C’est décidé, je n’arroserai pas mes enfants d’eau bénite ni ne leur ferai absorber de petits bonbons offerts par le curé. Ils n’auront pas non plus l’honneur de porter une jolie robe le temps d’une journée ni de recevoir tous les jolis cadeaux que la famille leur aura apporté…

Alors oui, c’est vrai, je suis un peu à la traîne niveau culture catholique, et tout ce que je sais du nouveau pape, c’est qu’il s’appelle François (1er quand il y aura le numéro 2) et qu’il est argentin. C’est bien, l’Eglise européenne s’ouvre sur le monde, 266 papes plus tard ! Le début d’une Renaissance ! Non, franchement, vaut mieux laisser aux médias-non-incultes-en-religion le soin de causer de Jorge Mario Bergoglio et de nous dire si oui ou non, il est pour le port de la capote, il reconnaît l’homosexualité (oups, ah non, c’est vrai, il la qualifiait en 2010 de « démon infiltré dans les âmes »!) et ne blâme pas la masturbation… Alors, modéré (mais pas trop) et réformiste (mais pas trop), on dirait que le représentant de l’Eglise catholique est bien loin de nous faire vivre une renaissance…

Hétéro – Famille – Patrie

Pourquoi – alors que la France est sur le point d’adopter le mariage homosexuel et de permettre à des milliers de personnes d’obtenir un statut d’époux(se) ou de p(m)ère – faut-il qu’un autre millier de personnes se croit dans son bon droit de manifester contre ?

Pourquoi faut-il, qu’en dehors des religieux, le couple hétéro-monogame se la ramène comme si seul ce modèle pouvait régenter les histoires de cœur des un(e)s et des autres ?

Cette façon de procéder me rappelle l’interventionnisme, l’impérialisme américain et à fortiori de nos pays occidentaux, au nom du bien édicté par une poignée de Yankees, minorité qui s’imagine « majeure » et supérieure en pensée.

Combien verraient leur vie basculer après l’adoption de cette loi ?
Chacun ferait mieux de s’interroger sur le bien-fondé de ses peurs profondes, regarder dans un miroir grossissant la fameuse Famille hétéro-bien-pensante…

Peur de quoi ?
De voir des gouines s’acheter deux robes de mariées au lieu d’une ?
Tomber sur deux pédés regarder le foot en se tenant la main ?

Peur que ces personnes (qui ont la plupart du temps un cœur qui bat, je le rappelle) vivent dans l’amour et la joie plutôt que dans la honte et la crainte ?

Le couple hétéro-bien-pensant a t-il peur de ne pas avoir la médaille de la parentalité ? De ne pas détenir la vérité sur laquelle toutes ses contradictions reposent ?

Allez, j’arrête. Mais soyons sérieux : arrêtons de lutter contre l’idée que des gens qui s’aiment obtiennent des droits…

Comment s’en sortir dans un monde cruel comme celui-ci ?

 Depuis la tendre enfance, on sait que l’être humain se construit de récits.

Le cinéma, les livres sont du récit et l’information qu’elle soit filmée, écrite ou orale est elle aussi en plein dans le monde des Histoires.

C’est bien ce qui nous différencie des autres êtres vivants, si l’on exclue les méthodes de communication telles que les chants, les sonars, les cris et autres gestuelles animales.

 On commence d’abord par recevoir des récits essentiels ou des éléments nous expliquant « ce que je fais là » et comment fonctionne le monde : ceux des parents.

Cela nous permet de situer, construire une image de nous même, des références, des points de comparaison pour comprendre autrui.

Par la suite, lorsqu’on devient soi-même producteur de récits, on tisse et on brode, on chantonne le monde à sa façon.

Un peu plus tard d’autres s’efforcent de parfaire votre éducation, de vous injecter différentes Histoires dans l’esprit par la force et l’effet de masse.

Que faire ???

1) Restez calme

2) Prenez votre courage à deux mains, lisez, écoutez, ou encore regardez quelques journaux, radios ou télévisions qui se présentent à vous.

3) Faites une liste des choses qui vous ont semblé étranges (la qualité de l’expression, le manque de diversité de l’information, le ton employé, l’importance ou non de l’information dans votre vie et, à plus large échelle, celle de ceux de votre entourage, puis à l’échelle de l’évolution humaine.

4) Demandez-vous : « est ce que j’aurai choisi ce sujet » ou alors « l’aurai-je traité autrement ? « L’aurai-je écris autrement ? » « Est-ce si difficile de faire mieux ? »

 5) Cela vaut-il vraiment la peine d’être lu, regardé, écouté ? Qu’en ai-je retiré ? Cela va t-il m’aider à avancer, à faire un monde plus beau, plus intelligent, plus humain ?

 6) Quand vous aurez médité à ces questions, prenez ce journal et ôtez lui ses feuillets un à un. Si c’est une télé, une radio, démonter le ou la pour voir si il y a un problème de fonctionnement.

7) Faites-en des boules de 15 à 20 centimètres de diamètre et placez-les soigneusement dans votre poêle à bois.

8) Craquez une allumette et faites partir le feu.

 9) Dites merci à celles et ceux qui continuent de respecter le travail de journaliste et honorez-les en les lisant vraiment. En les soutenant.

10) Participez vous aussi et mettez tous vos talents au service d’une expression éclairée, libérée de conflits d’intérêts, d’ego ou de pouvoir…

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Il y a quelques mois se déroulaient les Assises du journalisme, dans l’Ouest.

France Culture s’y rendait, couvrir l’événement en 2 minutes.

Résultat des courses et résumé bref de l’état du journalisme en France : « il est formidable. »

La journaliste avait interviewé une algérienne et une tunisienne (ça donne bonne conscience), toutes deux acquises à la cause du problème : le journalisme français, c’est mieux que pas d’expression du tout, c’est vrai.

Les voeux d’Eloïse

A moins que les prédicateurs ne nous aient fait une farce en nous induisant en erreur sur la date, il semblerait que nous soyons passé avec brio à travers la fin du monde. D’ailleurs, le jour tant attendu du 21 décembre 2012, celui qui a fait couler tant d’encre et alimenté tant de discussions toutes plus intéressantes les unes que les autres, semble déjà oublié, enseveli sous des kilos de masse graisseuse consciencieusement pris lors de ripailles en famille (pour les plus chanceux, évidemment).

La fièvre de la fin du monde passée aussi vite qu’un clic sur internet, nous voilà maintenant totalement préoccupés par le prochain grand événement à venir : le réveillon de la nouvelle année, où, là encore, nombre d’entre nous festoieront jusqu’à en oublier les dures réalités de notre monde.

Mon but n’est pas ici de faire la rabat-joie en vous conseillant de ne pas faire (encore !) des excès à la saint sylvestre, mais plutôt de partager avec vous mon optimisme du jour…

D’abord, je vous propose de vous pencher sur le présent et de le regarder en souriant (béatement, si vous le souhaitez…).
Vous pouvez maintenant porter sur l’avenir un œil plein d’espoir…
Imaginez que le remue ménage que les médias nous ont servi autour de la fin du monde ait été utilisé totalement différemment, pour nous donner foi en la vie, en l’humain, en la terre.
Imaginez maintenant que la fin du monde soit la fin d’un monde (oui je sais, ça vient pas de moi… mais ça fait pas de mal de le rappeler !), le début d’autre chose, quelque chose de fort, quelque chose de puissant, quelque chose de cohérent.
Dites vous que cette date marque peut-être le moment de voir les choses autrement, qu’il est peut-être temps d’arrêter de ne faire que penser, que l’enjeu est désormais d’agir, en se souvenant que tout un chacun doit pouvoir choisir ce qu’il veut quand il le veut, qu’il est le seul maître à bord de son paquebot-destin, qu’il doit essayer de se donner les moyens de réaliser ses rêves, d’être positif et de puiser l’énergie nécessaire pour caresser son bonheur.

Cette période de l’année, c’est l’occasion de se souvenir que chacun est libre de faire un pas de côté, de la taille qu’il veut, quand il veut, en restant fidèle à ses convictions, et que c’est bien de s’en souvenir chaque jour !

Je vous souhaite sur ce une belle fin d’année 2012, un beau passage à l’an 2013, une magnifique suite, avec plein de petits sauts, de grands rebonds, d’immenses sursauts!

Foudil Benabadji

Foudil Benabadji, algérien arrivé en France à 17 ans dans les années 60, a d’abord commencé une carrière dans le social en tant qu’éducateur.
De fil en aiguille, il a organisé des échanges culturels entre enfants savoyards et maghrébins, a organisé de nombreux échanges et voyages.
Il s’est rapidement passionné pour l’inter-spiritualité, dans la volonté de permettre le dialogue entre les différentes « confessions » présentes en France.
Aujourd’hui aumônier, auprès notamment de jeunes maghrébins dans les prisons, et auprès d’un plus large public dans les hôpitaux, il fait état de la richesse de son parcours.

http://www.memoire-mediterrane.com/

Attaque à Charlie Hebdo, un an après

        ( Ce texte a été écrit début novembre 2011 )

        Parti en fumée, le local de Charlie ! Cramé, dévasté, molotovisé!

        La une à laquelle on a failli échapper cette semaine ? Un Charlie Hebdo rebaptisé Charia Hebdo par Mahomet, nommé rédacteur en chef pour l’occasion, qui annonce la couleur : « 100 coups de fouet si vous n’êtes pas morts de rire ». Bon. C’est du Charlie tout craché, ça. Yen a qu’aiment, et pi yen a qu’aiment pas (ça c’est Monsieur Claude Guéant qui l’a dit). Yen a qu’appellent ça de la provoc, d’autres de la liberté d’expression. Peu importe comment on appelle ça, si on aime ou si on n’aime pas, c’est pas plus choquant que ce qu’on a l’habitude de voir chez Charlie. Leur marque de fabrique c’est l’humour, trash souvent, sans limite, tout le temps (enfin presque, car il ne faut pas oublier l’éviction manu militari de Siné en 2008 pour motif d’antisémitisme, sous Philippe Val). Jusque là, les caricatures un peu limites sur la religion se soldaient par des procès, mais apparemment cette fois, on a préféré avoir recours à la violence. Et comme toute forme de violence, ça ne sert à rien, ça pourrait même faire monter la sauce. Et ouai, encore des islamistes qui viennent mettre leur grain de semoule dans notre bien joli pays ! Toujours les mêmes qui mettent à mal la démocratie ! Vite, faisons l’amalgame ! Jetons tous les musulmans hors de France, et puis tant qu’à faire, tous les arabes, et puis tiens, tant qu’on y est, n’oublions pas les sans papiers, les noirs, les étrangers, les prostituées ! Ils sont des dangers potentiels pour notre démocratie ! La preuve, ils ne se plient ni à nos codes ni à nos lois ! Ils brûlent nos journaux ! Ils bafouent la liberté d’expression ! Cette liberté que l’on défend bec et ongles, ici, dans notre pays ! Cette liberté qu’on arbore fièrement ! On a fait une révolution, nous, pour l’avoir, cette liberté ! Et ils tuent des moutons dans leurs baignoires, en plus !

        Effectivement, vu comme ça, c’est pas top d’avoir tapé dans la liberté de la presse. Mais le pire, c’est qu’on ne sait pas qui a balancé ces soi-disant cocktails molotov. Les médias parlent d’intégristes musulmans, mais a priori personne n’a été interpellé, seuls deux hommes auraient été aperçus a proximité… Et puis d’abord, c’est quoi un islamiste ou un intégriste musulman? Un mec isolé un peu dérangé qui crie Allah Akhbar en cramant un truc ? Une racaille qui se cherche une identité ? Un afghan entraîné dans les montagnes envoyé par Al Qaïda ? On ne sait même pas ce que c’est qu’un islamiste mais on est persuadé que c’est encore l’un d’eux qui a fait le coup. Et la présomption d’innocence, comme pour DSK ? Alors OK, c’est peut-être les islamistes, les coupables, mais tant qu’on n’en est pas sûr, on ferait mieux de se taire et de réfléchir. Pas comme notre Ministre de l’Intérieur, qui n’a évidemment pas pu s’empêcher de prendre le problème à bras le corps, si engagé qu’il est en faveur des libertés, et de placer que les intégristes chrétiens protestent, expriment des opinions, mais ne brûlent pas. Eux. Alors que là, on a à faire à un attentat ! Et comme par hasard, le mot attentat, depuis 10 ans, on le fait facilement rimer avec islamisme.

        Alors voilà, tout ça pour dire que ceux qui ont incendié les locaux de Charlie, bah ils sont un peu bêtes. D’une parce qu’ils ont osé toucher à la sacro sainte liberté de la presse, et ça ça sent pas bon pour leur matricule, et de deux parce que s’il s’agit bien d’islamistes ou du moins de musulmans intégristes, ils ne font qu’envenimer une situation déjà difficile pour les musulmans de France (et les arabes, et les étrangers, et les prostituées, et les noirs, et, et, et…). Une aubaine pour ceux qui souhaitent alimenter les peurs à l’approche des élections…