Sur le dos de la Terre

Dans un bateau sur la Nam Ou, Laos, 2012

Bien plus que deux extrémités munies de cinq doigts boudinés, les pieds sont liens avec la Terre. Les orteils en épousent la forme et en ressentent chaque anfractuosité. Témoins des singularités qu’ils foulent, ils nous rappellent, si l’on s’y attarde, notre condition d’êtres mortels, minuscules et insignifiantes entités voyageant sur le dos de la Terre, produits de matières, poussières qui redeviendront poussières…

Conçus pour protéger nos vulnérables petons, chaussettes, chaussures et chaussons sont barrages avec la Terre. Soquettes et bottines font fi des singularités des sols. Sous prétexte de faire front contre les agressions extérieures, elles entravent les mouvements des doigts de pieds et par là même la libre circulation des idées, des réflexions sur notre place à nous, êtres humains, dans ce grand univers.

On nous enseigne bien jeune à faire nos lacets mais nous apprend-on à savoir qui nous sommes, à suivre notre propre chemin ?

Ceci n’est pas un (mini) plaidoyer contre les chaussures, c’est juste un (mini) éloge des pieds.

Socialement parlant on s’en fout!

Photo : G. Falgon

Au départ, c’est un processus trouble à bord duquel on se risque, où il faut se laisser délicieusement bercer. Ca tourne ensuite au feu d’artifice d’idées, lorsque l’on se délecte d’absurde et d’inconnu et que, dans le feu de l’action, l’on ne sait plus trop ce que l’on veut dire ni maîtrisons l’intégralité de ce que l’on fait, mais où l’on sait qu’on finira bien par retomber sur ses pattes. Et puis, quand vient le temps des essayages, du mâchouillage et des malaxages, que l’aventure continue et que tout prend sens, l’on se recentre et prend conscience qu’elle est vraiment enrichissante, cette expérience…

Lorsqu’une équipe de joyeux bidouilleurs de sons se réunit pour déconstruire leur vision classique et normée de l’interview, ils se retrouvent à naviguer sur les méandres vertigineux des voix et des paroles. Parfois, elles s’envolent et leur échappent, d’autres fois ils les capturent et les manipulent. Ca donne des situations cocasses, des mises en scène étonnantes, des questionnements surprenants, et pourquoi pas un résultat… intéressant ?


Ce son est un extrait de la création sonore issue de la formation « L’interview étendue » animée par Alessandro Bosetti en juillet 2014, dans le cadre de l’association Phonurgia.

Le montage est signé Aline, Lucinda et Eloïse, les prises de son sont de tout le monde : Déborah, Adeline, Cathy, Rémi, Caroline, Agnès, Maxim. Curieux, je vous invite à écouter « Qu’est ce que vous voulez que je vous dise? », la pièce dans son intégralité.

Sur La Route

« Sur La Route » a reçu le 2e prix du concours Libé/Apaj/France Culture

Daniela et Nelson, Volcan Santa Ana, El Salvador. Photo : Flor

 

« On croit qu’on va faire un voyage, mais bientôt c’est le voyage qui vous fait, ou vous défait » écrivait Nicolas Bouvier dans « l’Usage du Monde » en 1963.

De voyage, l’on rapporte bien plus que les quelques photos que l’on partage, les quelques souvenirs que l’on évoque. Malgré soi et à l’insu des autres, on en revient changé, « plumé ou essoré », grandi, diront certains.

Le voyage suscite les rencontres et chamboule les habitudes, il nous mène là où d’ordinaire, nous n’allons pas.

Ce son est un carnet de voyage. En avril et mai 2014, je suis allée en Amérique Centrale, au Salvador et au Nicaragua. Il m’est difficile de déterminer ce que ce voyage m’a apporté. Une chose est sûre, c’est que Nicolas Bouvier avait raison : j’en ai ramené tout autre chose que ce que j’allais y chercher. J’ai traversé des paysages, des langues, des cultures, mais j’ai aussi atteint des limites, ressenti mille émotions, vécu, tout simplement, les réalités que la vie m’a tendues.

Je dédie ce carnet de voyage sonore à Nelson dont le sourire restera toujours dans mon cœur, à Daniela que j’aime profondément et à Guillaume, mon Amour, auprès de qui j’avance et j’apprends, envers et contre tout.

Les citations sont issues d’ouvrages de Nicolas Bouvier, « L’usage du monde », « Le poisson-scorpion », « Chroniques japonaises », « Le vide et le plein (Carnets du Japon, 1964-1970).

Retrouvez la version courte de ce carnet de voyage sonore sur Libération.fr

Pense-Temps

Photo : G.Falgon

Silence…
Je pense…
Je pense en dents de scie
Que prendre le temps a du sens.

Je célèbre la lenteur
Et m’accorde une transe,
Semi tempête,
Demi silence.

Je pense que l’ellipse sème le mensonge,
Je rêve qu’une éclipse rompe le manège,
Le tournis des ambitions,
La nausée des illusions.

Je peine à penser que se presser a du bon,
J’hiberne en pensées
Et j’écoute les sons,
Grands messes lissées ou scènes épicées.

Je cille quand persifle le vent
D’orateurs viciés des chevilles jusqu’aux pieds,
J’opine quand perdure le temps,
L’écoute attentive des sonnets du présent.

Migration cacophonique

Au Nicaragua, dans les « chicken bus », on peut ouvrir l’oeil mais le plus efficace reste de tendre l’oreille et de faire le tri… Plongée en univers sonore riche en matières…

Le marché de Masaya est aussi un terminal de bus. En attendant le départ pour la Lagune de Apoyo, les vendeurs ambulants vont et viennent…

 

 

No son original, amiga!

Photo : G.Falgon – Volcan Concepcion, Ile d’Ometepe, Nicaragua

Avec ses maisons coloniales colorées et sa situation privilégiée au bord du lac Nicaragua, Granada attire les foules. Dans le centre historique, on se croirait dans une ville réservée aux touristes.
Au coeur du parc central de la ville, rencontre-transaction avec Victor, vendeur « informel » de lunettes à la sauvette qui a réussi à nous refourguer une paire de RayBan…

Au Nicaragua, on nous indique le plus souvent les prix en dollars, alors que la monnaie est le cordoba. On peut donc quasiment partout payer en dollars. 1 dollar équivaut à 26 cordobas. Le salaire moyen est d’à peu près 150 euros mensuels.

Tout jugement négatif porté sur la médiocrité du niveau d’espagnol de l’auteur sera entendu…

 

Mermet parle de Là-bas si j’y suis

Auditeurs de « Là-bas si j’y suis » sur France Inter, écoutez cette intervention de Daniel Mermet et Olivia Gesbert, qui répondent aux questions du public lors du festival Longueur d’Ondes 2014…  C’est sur l’oufipo, l’Ouvroir de Finistérérités Potentielles…

Pattes d’oie

Photo : G. Falgon

Au coin de ses yeux,
De petites rides apportent à son regard
La sagesse du temps qui passe,
La prestance de l’homme qui pense,
Silencieux,
Mystérieux.

Il économise les mots comme les sourires,
N’en pense pas moins mais ne dit pas tout,
Embrasse le vent,
Imprègne ma vie,
Emprunte sa voie.

L’homme mesure,
Il s’interdit les écarts
Et avec parcimonie,
M’offre ses égards.

Il conjugue son allure à celle du temps,
S’enivre de saisons,
S’habille de bourgeons,
Se délecte de sensations.

Tranquillement, il avance,
Ignorant l’ennui,
Saisissant la vie.

 

 

 

 

Après la tempête

Sur le quai, une petite dame est pliée en deux. Elle ramasse des algues qu’elle dépose dans un seau. Elle les appelle le goémon. C’est la mer qui l’a charrié jusque là. La mer qui, quelques jours avant, début février 2014, s’est déchaînée, laissant au petit bout de terre les stigmates de son passage éclair, et aux îliens les souvenirs d’une grande tempête comme on en vit parfois, quand on habite à l’Ile de Sein.
Ce son est un voyage. Ma découverte de l’île, après la tempête, mais aussi ma rencontre avec l’une de ses habitantes, étonnante Elisabeth.

Un grand merci à Elisabeth et au maire, Jean-Pierre Kerloc’h, mais aussi à tous les îliens qui m’ont chaleureusement soutenue pendant la traversée mouvementée, puis guidée dans les mystères du lieu lors de cette courte escale.

« Après la Tempête » sera diffusé le samedi 28 juin 2014 sous la yourte à son lors des Rencontres du Film Documentaire organisées par l’association Ty Films à Mellionnec (Côtes d’Armor).

Katia

Katia, c’est un documentaire à une seule voix, celle qui raconte avec force un amour et une grossesse, seule, sans son homme qui s’est suicidé au troisième mois, et la vie qui continue. 1er prix du 11e festival Longueur d’Ondes… Une pièce de Magalie Schuermans.