Loire

Se déplacer à un rythme humain et prendre le temps de prêter l’oreille à la vie, Sophie Berger l’a fait avec « Loire », un retour aux sources du fleuve, au fil du son, jusqu’à Nantes. Une démarche sensible pour une marche lente, dans un monde moderne qui perd de son sens. Ca vaut le coup de prendre le temps de l’écoute… Elle a reçu le prix Pierre Schaeffer 2013 et a été interviewée par Radio Campus Paris.

Réunion au sommet

Tôt le matin, m’exprimer n’est pas la priorité. J’ai plutôt tendance à divaguer, mi ensommeillée, me replongeant dans mes rêves tout juste digérés.
Ce jour-là, les conversations des oiseaux de la Lagune de Apoyo au Nicaragua m’ont tiré du lit. Micro en main, je suis restée plantée au pied d’un arbre, à me demander quel était le sujet de la discussion, bien plus animée que les autres matins…

Migration cacophonique

Au Nicaragua, dans les « chicken bus », on peut ouvrir l’oeil mais le plus efficace reste de tendre l’oreille et de faire le tri… Plongée en univers sonore riche en matières…

Le marché de Masaya est aussi un terminal de bus. En attendant le départ pour la Lagune de Apoyo, les vendeurs ambulants vont et viennent…

 

 

No son original, amiga!

Photo : G.Falgon – Volcan Concepcion, Ile d’Ometepe, Nicaragua

Avec ses maisons coloniales colorées et sa situation privilégiée au bord du lac Nicaragua, Granada attire les foules. Dans le centre historique, on se croirait dans une ville réservée aux touristes.
Au coeur du parc central de la ville, rencontre-transaction avec Victor, vendeur « informel » de lunettes à la sauvette qui a réussi à nous refourguer une paire de RayBan…

Au Nicaragua, on nous indique le plus souvent les prix en dollars, alors que la monnaie est le cordoba. On peut donc quasiment partout payer en dollars. 1 dollar équivaut à 26 cordobas. Le salaire moyen est d’à peu près 150 euros mensuels.

Tout jugement négatif porté sur la médiocrité du niveau d’espagnol de l’auteur sera entendu…

 

Petit matin sous les tropiques

Photo : Nelson Cerros

Les murs et les barbelés qui encerclent les quartiers sécurisés de San Salvador (El Salvador, Amérique Centrale) ne filtrent heureusement pas les sons qui viennent de l’extérieur. Au petit matin, quand les rayons du soleil ne sont pas encore brûlants, la ville se réveille…
Enfilez votre casque et laissez-vous porter…

Cette séquence sonore a été enregistrée depuis la chambre de la maison qui m’accueille, à deux pas de l’avenue Constitucion, à San Salvador.
Un clin d’oeil à mes chaleureux hôtes, Daniela et Nelson, ainsi qu’à Guillaume, celui qui rend mes nuits sonores avec ses « ronquidos », au Salvador ou ailleurs…

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Le soir du 19 mai 2014, Nelson Cerros, auteur de la photo accompagnant « Petit matin sous les tropiques », notre chaleureux hôte et ami, photographe passionné devenu professionnel, a été tué à San Salvador. Le Moineau Phonique lui rend hommage en partageant ici les photos qu’il avait proposées, son regard, après avoir écouté avec intérêt ce son dont il connaissait si bien les composantes et qu’il a redécouvert à travers mon oreille, mon regard.

Photo : Nelson Cerros

Photo : Nelson Cerros

Photo : Nelson Cerros

Photo : Nelson Cerros

Tour(isme) en Baie d’Halong


Qui a dit que le voyage était l’occasion de s’ouvrir au monde ?
Ne peut-on pas voyager en restant enfermé dans sa bulle ?
N’est-ce pas encore une occasion de s’enrichir sur le dos de braves gens ?
A force de vouloir rencontrer, découvrir, mélanger, ne sommes-nous pas en train de tout uniformiser ?
Finalement, voyager, n’est-ce pas foncer droit dans le mur?


Mon petit diable de lucidité aurait tendance à penser ça et pourtant, je continue à voyager. J’aime ça. Je me dis que je le fais avec respect et ouverture, comme probablement la majorité des touristes qui pervertissent le monde…

Face à mes questionnements, je me débats dans les eaux troubles de la baie d’Halong, au Vietnam, entre auto-dérision et bonne conscience…
Cette chose sonore est à l’image de mes interrogations, glissante et flottante. Tantôt profonde, tantôt en surface, elle donne à entendre mes incohérences…

« Tour(isme) en Baie d’Halong » a été diffusé lors du festival Rendez-Vous Du Carnet De Voyage 2013 à Clermont Ferrand et à la Semaine du Carnet de Voyage à Saint Céré dans le Lot au mois de mars 2014.

Retrouvez cet article sur Liberation.fr

 

 

Suzume Odori

Japon – Sendaï, été 2008, décorations pour le Tanabata Matsuri représentant des poulpes…

Pays-planète où le monde suit son cours dans la hiérarchie céleste
Étonnant mélange de contemplation et activité fourmillante
Archipel étendu aux multiples climats, aux intempestives humeurs terrestres et océanes
Le Japon, ses catastrophes naturelles et moins naturelles, qui devraient forcer l’humilité humaine.
Si aujourd’hui le Japon est un pays que l’on pourrait taxer d’ultramoderne, il puise ses forces et ses croyances dans le règne animal, comme l’indique la danse traditionnelle du Moineau :

La Danse du Moineau, appelée Suzume Odori (雀踊り) est une danse inspirée du battement d’ailes des moineaux d’arbre eurasiens.

Cet enregistrement de Suzume Odori a été effectué en juillet 2008, lors du Tanabata Matsuri de Sendaï, où l’on célèbre les retrouvailles d’Orihime et Hoki Boshi, deux étoiles amantes, séparées par la voie lactée le restant de l’année…

Sa première représentation eut lieu de manière improvisée au 17ème siècle, pendant la construction du château de Sendaï pour le daimyo Date Masamune dont le Mon (emblème du clan) représente deux moineaux se faisant face :

Le Moineau (Phonique) profite de ce partage sonore pour envoyer une pensée chaleureuse aux habitants de Sendaï, ceux de la région du Tohokû et l’ensemble des habitants de l’archipel qui subissent encore les conséquences de l’utilisation de l’énergie nucléaire sur leur territoire…

Rencontres…

L’hiver dernier, mon père et moi partions en vacances. Nous quittions la France pour le Laos. Nos bagages étaient légers, le cœur aussi. Nous avions trois semaines devant nous.
Avec ce son, je vous propose un carnet sonore, un voyage sensible au cœur du village de Muang Ngoi, au cœur de mes impressions…

Lors de ce voyage, j’ai collecté des sons tous les jours. J’enregistrais les bruits, les ambiances, les voix, et puis les impressions de mon père. Je me confiais aussi parfois au micro, le soir. Je ne savais pas vraiment ce que j’allais faire de ces sons, mais je savais que j’allais en faire quelque chose. Il fallait juste que l’inspiration vienne.

L’été dernier, j’ai participé à un concours organisé par le journal Libération et l’Apaj. Le thème était Portraits de villes, il fallait parler d’une rencontre, de façon originale. C’est cette contrainte qui m’a menée à réaliser ce carnet de voyage sonore… Comme quoi les contraintes peuvent être génératrices de création…

« Rencontres » a été diffusé lors du festival Rendez-Vous Du Carnet De Voyage 2013 à Clermont Ferrand et à la Semaine du Carnet de Voyage à Saint Céré dans le Lot au mois de mars 2014.

Retrouver ce son sur Libération.fr

 

Transe gnaoua


En 2010, j’ai eu la chance d’aller avec le collectif d’artistes Dyade A&D rencontrer les gens de l’association OCADD de Beni Mellal au Maroc. OCADD est une association qui souhaite sauvegarder et valoriser le patrimoine oral du Maroc. Nous avons effectué un voyage en plusieurs étapes, pour enregistrer divers groupes de musique traditionnelle.
L’un d’entre eux squatte un riad dans la ville de Demnate, dans lequel il n’y a pas d’heure pour jouer, improviser de la musique et où les voisins peuvent à tout moment venir profiter de la fête.
C’est dans cet endroit de liesse que nous avons vu et entendu de longues (mais tout de même raccourcies pour les besoins d’enregistrement) transes gnaoua, par lesquelles le son du gembri et des qraquech vous restent et vous enivrent encore pendant un bon moment après la visite.
Cette musique veut explorer les liens ancestraux qui nous relient à la terre et au ciel, nous faire voyager intérieurement, envoûtés par la sagesse de ses sons et de ses danses.

Merci beaucoup au groupe Dem Gnawat d’avoir bien voulu être enregistré…

Ecouter au Japon

En 2008, après la période des pluies de juillet, je suis partie au Japon pour trois semaines de voyages sur l’île de Honshu :

Le Japon est un pays très sonore de mon point de vue de chercheuse de sons, occidentale qui plus est :

Les passages piétons vous parlent et lancent des jingles, les joueurs de shamisen s’installent pour gratter leur instrument sur les ponts, les étals de supermarchés sont dotés de hauts-parleurs pour vanter les bienfaits des champignons, les grillons géants chantent de 4 heures du matin à minuit, les oiseaux, les singes crient et caracoulent, les jeux vidéos caquètent leurs chants électroniques et enfin les temples nous réservent les plus belles cloches et prières bouddhistes…
Sans oublier l’exotisme de la langue, sans accent tonique mais chantante et dynamique.

Il y a au Japon de quoi ravir les tympans. Qui a dit que le Japon est loin de nous ?
Il est là, au creux de votre oreille…


Eve Grimbert